L'Evidence Based Practice, une technique évolutive pleine de bon sens

L’Evidence Based Practice (EBP) est un terme anglo-saxon que l’on peut traduire par « pratique fondée sur les preuves ». Il s’agit d’une démarche utilisant les données les plus pertinentes de la recherche clinique actuelle, l’expertise du praticien et les préférences du patient. Une fois ces trois dimensions recoupées, il convient de définir une problématique clinique claire et d’envisager les soins idoines. L’objectif étant d’améliorer la qualité de vie du sujet grâce à un ensemble de données croisées pour une prise en charge globale et efficiente.
 
Définir la question clinique de manière claire
Dans un premier temps, il s’agit de transformer le problème du patient en une question claire. S’interroger avec une question bien formulée permet de distinguer les éléments clés du problème initial. Elle aide alors le praticien dans sa recherche. A contrario, une question mal formulée mène souvent à des conclusions incomplètes qui peuvent se révéler inutilisables voire trompeuses pour la suite.
 
Une “bonne” question semble réunir ces différentes qualités : elle est spécifique, désigne la population d’étude ou la nature du problème, délimite l’intervention ou le domaine d’intérêt et identifie une intervention à comparer si possible. Afin de faciliter et de standardiser la construction d’une question, des modèles comme PICO ou QUEST ont été élaborés. Ils permettent de faire ressortir aisément les éléments essentiels à la recherche. Le modèle le plus fréquent est PICO : définition de PICO par Kinédoc
 
Recherche et évaluation des ressources
De nombreuses études existent mais encore faut-il les trouver. Plusieurs sources Internet permettent d’effectuer des recherches via des moteurs de recherche, des bases de données ou des sites spécialisés comme Kinédoc (www.kinedoc.org/) ou Pedro (https://www.pedro.org.au/french/). Bien évidemment, il est nécessaire de disposer de compétences sur la manière d’obtenir les informations pertinentes (sélection des mots-clés, requêtes booléennes, utilisation de filtres ou de limites). Passé le stade de la recherche documentaire, les études trouvées doivent se montrer pertinentes. Le praticien devra alors identifier les points forts et les points faibles pour en déterminer l’applicabilité, la qualité, la valeur et l’intérêt de la preuve qui répond à la question précédemment formulée. 
 
La place du patient dans l’EBP
Comme dans toute démarche en lien avec un patient, le praticien est à l’écoute de ce dernier et intègre ses remarques dans sa prise en charge. Le tout est de trouver le bon équilibre. Même si le patient peut se sentir soulagé et estime que les soins pratiqués sont suffisants, ce n’est pas forcément le cas. Est-ce qu’à long terme le trouble sera traité ? Est-il guéri définitivement ? A t-il des troubles collatéraux qu’il aurait omis d’évoquer ? Tout autant que le soin et les recherches d’études, l’écoute prend toute sa place.
 
Face à une divergence entre le praticien et le patient, le professionnel de santé se doit de clarifier ses objectifs et conserver une éthique. Ne pas maintenir la prise en charge et le rôle de décidant unique si les écarts de finalité sont trop écartés.
 
Quel impact a l’EBP sur la kinésithérapie ?
Les médecines alternatives et les thérapies manuelles non-conventionnelles sont en plein essor et bénéficient d’un important intérêt médiatique. Il paraît alors intéressant de s’interroger sur le statut de la kinésithérapie et de sa pratique peut-être trop figée parfois. C’est là que la démarche EBP intervient pour une plus grande flexibilité et adaptabilité dans la pratique quotidienne du kinésithérapeute. L’évaluation de la kinésithérapie n’est pas simple car elle concentre différentes techniques et ne possède pas de principe ni de concept propres. Malgré ces difficultés, la kinésithérapie est par définition amenée à se remettre en question et à évoluer en fonction de l’enrichissement des données scientifiques. L’EBP ne bouleverse pas toute la pratique mais vise l’efficacité et l’évolution permanente de la profession. D’où un réel besoin de se former de manière régulière.
 
En conclusion
La démarche EBP incite le praticien à prendre du recul par rapport à ses automatismes et à mettre à jour régulièrement les bases de sa pratique. Lancée il y a plus de 25 ans, la démarche est en constante évolution. Elle s’enrichit au fur et à mesure du temps et des divers apports. La difficulté d’analyser l’impact de l’EBP sur le comportement clinique et la santé des patients concentre la critique à laquelle il est désormais important de pouvoir répondre. Il ne faut pas perdre de vue que la démarche ne prétend pas être une technique absolue mais un moyen d’éclairer les réflexions et les choix du praticien.